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Une femme de principes qui refuse qu'on démolisse notre patrimoine. . .une entrevue avec la conseillère municipale indépendante à la Ville de Québec, ANNE GUÉRETTE

 

Lorsque je lui ai demandé quel était son homme ou sa femme politique modèle, elle n’a pas hésité un instant à me dire : le président des États-Unis, Barack Obama. Tout au long de l’entrevue, j’ai bien vu que ce n’était pas des paroles en l’air. Son intégrité, son humanisme, son respect de l’opinion des autres, son discours rassembleur, son amour indéfectible pour sa ville, font d’Anne Guérette une femme politique qui ressort de la masse.


Mais d’où vient cette femme dont la carrière politique a débuté suite au décès de la mairesse Boucher? Anne Guérette est née il y a 46 ans à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec. Elle a un frère et une sœur. Sa sœur habite Pohénégamook d’où sa famille est originaire. Cette dernière est artiste. Elle possède un atelier et fait des rénovations de maisons qu’elle revend par la suite. Son frère possède des immeubles à Québec et il est aussi pilote d’avion. Il a construit son propre avion. Il a acheté les pièces une par une et après quelques milliers d’heures de travail, il a pris son envol. Son père a poursuivi dans le même domaine que son propre père et aussi de son grand-père dans la transformation du bois.  Il possédait aussi des moulins à scie et il transformait les billots en 2 X 4, 2 X 6, etc. Anne Guérette se plaît à dire qu’elle est fille de bûcheron, mais son père n’aime pas l’entendre dire cela puisqu’il était en réalité un homme d’affaires. Elle a toujours vécu à Québec depuis sa naissance, à part une escapade de 4 ans à Montréal où elle a complété des études de maîtrise en génie du bâtiment.

Avant ses études de maîtrise, Anne Guérette a complété un baccalauréat en architecture à l’Université Laval.  Elle est par la suite devenue architecte, bien que son rêve de jeunesse fût de devenir médecin vétérinaire. Au CÉGEP, elle a moins aimé les sciences de la santé et elle s’est souvenue qu’au secondaire elle avait gagné un concours de dessin et sa professeure lui avait dit qu’elle serait bonne en arts. Elle s’est finalement dit que l’architecture serait un beau mariage entre les sciences et les arts. Elle est depuis membre de l’Ordre des architectes. Elle a plus tard choisi de compléter des études en génie afin de consolider ses connaissances dans le domaine de l’efficacité énergétique, de la gestion de chantiers, de l’enveloppe du bâtiment. Elle voulait mieux connaître l’univers de l’ingénieur, car souvent l’ingénieur et l’architecte ne voient pas les choses dans la même perspective.  

Pendant ses études collégiales qu’elle a complétées au CEGEP Francois-Xavier Garneau, elle a occupé différents emplois, surtout pendant les vacances d’été. Elle a travaillé au marché de la Place à Sainte-Foy où elle vendait des fruits et légumes. Elle a aussi travaillé dans un centre commercial pour un magasin de sport. Ses études universitaires l’ont amené à faire différents stages à l’étranger, dont un en Angleterre, un à Boston, un dans l’État de New York et un autre à Toronto.

Entre la fin de ses études et sa première élection, elle a travaillé comme architecte dans deux bureaux différents de Québec où on lui a confié différentes responsabilités. Elle m’a dit ce qui suit : « J’ai entre autres fait de la surveillance de chantier sur la toiture de l’aéroport de Québec. J’ai aussi travaillé sur des projets immobiliers comme des coopératives d’habitation où je dessinais à la main des plans d’architecture.   Ce n’est que depuis quelques années que les architectes utilisent des logiciels spécialisés pour les aider à concevoir des projets. Lorsque j’ai fait mes études universitaires, je n’ai pas touché à un ordinateur.  C’est la prochaine formation que je vais prendre dans le cadre de la formation continue obligatoire avec l’Ordre des Architectes du Québec : dessin 3D avec l’aide d’un logiciel. »

Avant d’être élue la première fois, Anne Guérette a été pendant 6 ans une citoyenne engagée dans son quartier en se faisant élire membre du conseil de quartier où elle a appris les principaux rouages de la politique municipale en voyant passer différents projets comme les demandes de changements de zonage. Elle a vu des promoteurs qui poussaient leurs projets et des citoyens dire : « pas dans ma cour ». Elle a vu trop souvent démolir notre patrimoine pour permettre à des promoteurs de réaliser leurs projets. Elle m’a dit ceci : « On a fait beaucoup d’erreurs dans le passé. On a démoli des choses qu’on n’aurait jamais dû démolir et on a construit des édifices qu’on n’aurait jamais dû construire, comme la tour de l’hôtel Delta et le complexe H. Quand je parle de la période des années 70-80, je parle de l’ouragan 70-80 ou il y a eu énormément de démolitions. »

Lorsque la mairesse Boucher est décédée en 2007, Ann Bourget était conseillère dans le même district. Elle a choisi de démissionner pour être candidate à la mairie contre le maire actuel, Régis Labeaume. En même temps que l’élection à la mairie, il y a eu élection pour remplir le poste laissé vacant par Ann Bourget dans le District électoral du Vieux-Québec-Montcalm. Anne Guérette a donc été élue en même temps que Régis Labeaume et ils ont été assermentés au même moment.  Là s’arrête ce qu’ils ont en commun. Monsieur Labeaume avait aussi été élu comme indépendant et il avait besoin de l’appui d’une majorité de conseillers pour faire adopter ses projets.


Sachant qu’au cours de son premier mandat qui a duré deux ans, le maire Labeaume a formé son équipe en partie avec les conseillers d’alors, je lui ai demandé si le maire Labeaume l’avait approchée pour faire partie de son équipe. Elle m’a répondu ce qui suit : « Non, il ne m’a jamais approchée. J’ai un problème avec lui et c’est le Musée National des Beaux Arts du Québec. On fait une erreur en démolissant le couvent des Dominicaines pour agrandir le musée. On a décidé le jour 1 de ce projet qu’il fallait démolir alors qu’il y a d’autres espaces sur le terrain. Lorsque le concours international d’architecture a été lancé, on aurait dû dire aux architectes du monde, voici la propriété provinciale du musée, nous avons besoin de
8000 mètres carrés de surface d’exposition, faites-nous des propositions. Vous pouvez agrandir au milieu, à l’endroit où se trouve l’entrée actuelle, sur le stationnement de la prison; vous pouvez aussi démolir le couvent des Dominicaines si c’est la meilleure solution. J’en ai parlé au maire suite à notre élection, mais il avait déjà choisi son camp, celui de son ami John Porter. Il n’a jamais voulu entendre mes arguments.»

On sait qu’à l’élection de novembre 2009, le maire Labeaume a réussi à faire élire toute son équipe, sauf deux candidats, soit Anne Guérette et Yvon Bussières. Je lui ai demandé à quoi elle attribuait sa victoire. Voici sa réponse : « Vous êtes le premier à me poser cette question, mais je me la pose régulièrement. Je suis une femme de cœur et je me laisse guider par mon instinct et mon cœur. Madame Perron qui a été candidate contre moi  est une femme de tête avec des stratégies souvent compliquées; elle analyse, elle pense. Moi je dis que le cœur est plus fort que la raison. Voilà mon explication. »

C'est la photo officielle du conseil municipal actuel de la Ville de Québec. On reconnaît le maire Régis Labeaume au centre de la photo. Anne Guérette est sur la première rangée à l'extrême droite. Le seul autre conseiller élu dans l'opposition, Yvon Bussières, est dans la dernière rangée à l'extrême droite. Entre les deux, le conseiller Marc Simoneau qui a été longtemps animateur de radio à Québec.  


Je lui ai demandé de me parler des principes qui sont sacrés pour elle et auxquels elle ne dérogera jamais. Elle m’a dit ceci : «Jamais je ne plierai sur des valeurs fondamentales pour obtenir un poste, pour avoir plus de pouvoirs ou plus d’argent, je suis inébranlable. Je crois en la démocratie, au développement durable qui intègre un urbanisme responsable. Je ne choisirai jamais le chemin le plus facile. C’est important qu’il y ait du respect entre nous. Je n’aime pas la politique comme on la voit aller en ce moment, les jeux de pouvoir, le gaspillage d’argent public pour conserver le pouvoir. À un moment donné, ça ne pourra faire autrement que de virer de bord. »

Le travail de conseillère municipale en est un à temps plein tellement il y a de tâches à accomplir. Elle ne comprend pas comment certains conseillers réussissent à continuer leur autre travail en parallèle. Il y a 14000 citoyens dans son district qui comprend le Vieux-Québec, le Vieux-Port de Québec, la Colline Parlementaire; il y a aussi 4 associations de commerçants. Anne Guérette est ici en compagnie de Nicole Bérubé, une précieuse collaboratrice. Madame Bérubé est agente de secrétariat au conseil d'arrondissement de la Cité/Limoilou.


Connaissant les principes qui la guident en politique, je lui ai demandé de me parler du maire Labeaume. Elle m’a entre autres déclaré ce qui suit : « Il veut tout décider tout seul. Il veut que tout se fasse vite, il ne consulte personne. Il décide et les gens réagissent. Il finit par aboutir à ses fins. Il frappe des murs, mais il rebondit tout le temps. Avec Rapaille, on a pensé qu’il avait frappé un mur, mais vous connaissez la suite. Quand on discute un projet, moi je dis qu’en démocratie deux têtes valent mieux qu’une. Quand on fait tout seul et qu’on veut aller trop vite, on risque de faire des erreurs, de faire de mauvais projets. Malheureusement, monsieur Labeaume est antidémocratique. À l’Hôtel de Ville, tout le monde a la « broue dans le toupet » pour employer une expression populaire. Le maire est partout sur la glace, il veut tout faire en même temps, le tramway, le super Peps, le Colisée, les JO, le musée, etc. »

Je lui ai demandé quelle avait été sa position dans l’affaire Rapaille. Elle m’a dit ce qui suit : « Pourquoi aller chercher le champion interplanétaire du marketing? J’avais suggéré de mettre la population à profit en faisant par exemple un sondage et en faisant participer les radios et les journaux pour aller chercher des idées dans la population. On aurait pu par la suite engager un spécialiste pour faire une synthèse. Ce que je n’ai pas aimé, c’est la façon de faire. Pour tout contrat de 75 000 $ et plus, la Ville doit aller en appel d’offres public, ce qu’elle n’a pas fait. La Ville a payé directement 75000 $ mais elle avait aussi donné une subvention du même montant à Pôle Chaudière-Appalaches qui a ainsi mis ce 75 000 $ dans le projet ce qui fait qu’en réalité la Ville a dû payer un montant total de 150 000 $. Le coût total de ce projet était alors de 300 000 $. »

Je lui ai demandé si honnêtement elle croyait que la Ville de Québec pouvait obtenir et organiser les Jeux olympiques de 2022. Voici ce qu’elle m’a dit : « NON. Ces dernières années, il n’y a pas de JO qui ont été rentables. Ça coûte énormément cher pour la sécurité. De plus, il faudrait construire une prothèse de 150 mètres pour la montagne. Ce n’est pas à l’échelle de notre Ville. Québec devrait plutôt se spécialiser dans des événements sportifs d’envergure internationale, que ce soit au niveau du hockey, du patinage, etc. » Anne Guérette est ici photographiée à l'Hôtel de Ville de Québec le jour de sa première assermentation comme conseillère municipale.


Voici maintenant son opinion concernant le projet d’amphithéâtre. « Je comprends que les gens de Québec ont le hockey dans le cœur, on est une ville d’hiver, on a mis au monde de bons joueurs de hockey. On manque d’informations actuellement pour prendre une décision. On sait par expérience qu’un projet de 400 millions $ va en coûter 600-700. Qui va payer? Que ce soit à Montréal, à Toronto, tout est payé par le privé sauf les infrastructures autour du bâtiment. Si le hockey est un business rentable, que l’on fasse faire cela par le privé. »

Je lui ai posé la question à savoir si elle rêve un jour d’être la mairesse de la Ville de Québec. Voici sa réponse : « En politique, tout est toujours possible. Je n’aurais jamais pensé par exemple que la mairesse Boucher décède en cours de mandat. En politique, il faut avoir une capacité d’adaptation incroyable. Quand je me lève le matin, j’essaye de travailler au meilleur de mes compétences et de mon énergie dans le respect de mes valeurs et je me dis que la vie m’amènera bien ou elle  voudra  m’amener. Je n’ai pas comme objectif d’être ceci ou cela tel jour. Je suis confiante que la vie fait bien les choses. Quand on suit son cœur, on ne peut pas se tromper. Il y a quelque chose en moi de solide, c’est ce qui me guide, soit l’intégrité, l’honnêteté, le travail et le respect des autres.

Dans tout ce qu’elle a réalisé dans sa vie, sa plus grande fierté, ce sont ses deux enfants, deux garçons âgés de 5 et 7 ans. Elle a ajouté ceci : « Pour une mère, avoir des enfants en santé, être fière d’eux. . . » Anne Guérette est ici photographiée en compagnie du bonhomme Carnaval et de ses deux enfants, soit Alexis à gauche et Olivier à droite.


Son endroit préféré à Québec, c’est la rue Cartier. Anne Guérette adore cette rue qu’elle trouve humaine, car les gens se parlent. Elle y va tous les jours et c’est toujours un plaisir lorsque les gens viennent lui parler.

Anne Guérette s’entraîne de façon régulière. Que ce soit la course sur les Plaines, la descente et la remontée de la côte Gilmore en vélo jusqu’à deux fois par jour tout en allant pédaler la Promenade Samuel de Champlain, l’entraînement au GYM, etc. Elle a ajouté ceci ; « Les lundis du conseil municipal, je fais du sport, car le niveau de stress est élevé pendant les réunions du conseil qui durent jusqu’à 5 heures. Il faut se sentir calme et être prêt à tout, car on ne sait jamais quel sera le sujet du maire. Il faut être prêt à réagir rapidement, il faut être prêt à improviser. On ne peut vraiment se préparer pour un conseil municipal. On ne sait jamais quelle attaque personnelle le maire va nous sortir. Souvent en sortant du Conseil, monsieur Bussières et moi, on se regarde et on se dit qu’on a bien travaillé. C’est notre rôle de faire sortir du jus, car nous sommes les deux seuls à poser de vraies questions. On nous accuse de courir après les caméras, mais ce sont les journalistes qui veulent avoir notre point de vue.»

Elle a voyagé passablement  lors de ses stages à l’étranger pendant ses études. Par la suite, elle a visité la Chine, l’Italie et a fait quelques voyages dans le Sud comme bien des Québécois. Elle aime moins cela cependant, surtout qu’elle a un peu peur en avion. Présentement, elle se contente d’un petit voyage sur le bord d’un lac, d’une marche en forêt à Duchesnay par exemple. Elle dit que ses enfants sont bien heureux dans leur petite piscine gonflable dans la cour ou encore en vélo avec leurs amis dans la rue. Elle fera une exception au cours de cet été puisqu’elle projette d’aller à Vancouver avec ses enfants.

En terminant l’entrevue, je lui ai demandé si elle avait malgré tout confiance en l’avenir avec tous les problèmes que nous connaissons. Voici sa pensée à ce sujet : « J’ai encore confiance en l’avenir, sinon je ne serais pas ici. Je trouve que l’on ne s’occupe pas de l’essentiel. Il y a dans le monde des millions d’enfants qui n’ont pas d’eau, pas de soins, il y a des femmes abandonnées. À côté de cela, tu as de grosses compagnies qui sont en train de polluer la planète, je pense par exemple aux sables bitumineux dans l’Ouest canadien. C’est désastreux ce qu’on fait pour extraire ce pétrole. Quand je vois cela, j’ai honte d’être canadienne. Je n’aime pas l’argent sale, c’est du court terme cela. Le Canada est un pays de nature, de démocratie, un pays neutre. Que faisons-nous en Afghanistan? Il faut penser à notre planète qui est notre maison à tous et en prendre soin. J’ai confiance en la jeunesse. Les étudiants voyagent beaucoup de nos jours, ils vont voir ce qui existe ailleurs. À l’Université Laval par exemple, ils font tous des stages ailleurs, ils vont voir le monde. Ils sont conscients, ils sont sensibles. Les jeunes ont une conscience globale. »

Crédit photos : Anne Guérette

Normand Bellefeuille


Normand Bellefeuille 

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