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UN ACCIDENT DE LA ROUTE CHANGE SON CHEMIN DE VIE . . . CHRISTIANE BÉLANGER N’AVAIT PAS DIT SON DERNIER MOT. . .

Comme toutes les petites filles… À l’âge de 4 ans, sa mère l’a amenée voir Casse-noisette avec les Grands Ballets Canadiens. Dans sa petite tête d’enfant, elle s’est dit que c’est ce qu’elle ferait plus tard, soit de devenir danseuse de ballet. Elle n’a jamais dérogé à son rêve par la suite. Malgré les réticences de son père qui ne croyait pas qu’elle puisse gagner sa vie comme danseuse de ballet classique, sa mère à fait des sacrifices pour lui payer des études avec les plus grands Maîtres, dont France James du Royal London Ballet et bien d’autres. À l’âge de 23 ans, elle avait atteint la gloire si on peut dire, car sa carrière était internationale. Elle avait des contrats qui lui permettaient de voyager en Europe et aux États-Unis afin de se produire dans des spectacles de haut niveau. Un jour qu’elle circulait seule en auto sur le boulevard Duplessis à Québec, l’accident terrible arriva. Elle se souvient avoir vu un siège d’enfant dans l’auto à sa gauche, ce qui l’a empêchée de changer de voie en voyant le fautif foncer sur elle à grande vitesse. Elle fut alors blessée très gravement, ce qui a mis fin abruptement à sa vie de rêve. C’était mal connaître Christiane Bélanger qui n’avait pas dit son dernier mot. Voici son histoire.

Elle est née à Plessisville, mais ses parents ont vite déménagé au Saguenay, car son père voyageait beaucoup. Quelques années plus tard, c’est finalement à Québec que la famille est venue s’établir définitivement. Christiane s’est toujours considérée une fille de Québec. Christiane a une sœur, Chantale, laquelle est travailleuse sociale. Elle est très perfectionniste et talentueuse. Son père qui est maintenant retraité était ingénieur et sa mère a été journaliste au journal Le Soleil étant jeune. Par la suite, elle a fondé une garderie au CHUL, car paraît-il qu’elle adorait les enfants. Elle a ajouté ce qui suit : « Ma mère a été mon support, ma grande confidente ainsi que ma plus grande amie. Elle m’a toujours encouragée. »


Christiane Bélanger appartient à une famille qui a laissé des traces dans la vie culturelle de Québec. Son grand-père, Donat Bélanger, a été le premier chanteur d’Opéra à Québec. Le premier à avoir chanté à CJRP à l’époque…. Il était le frère d’Edwin Bélanger, musicien et Chef d’Orchestre, lequel a laissé son nom au fameux kiosque Edwin-Bélanger sur les Plaines d’Abraham à Québec. Le ténor Guy Bélanger est un cousin éloigné de son père. Le père de Christiane a été aussi le premier pianiste de Gilles Vigneault au début de sa carrière. Pendant ses études, il allait souvent au cabaret « Chez Gérard » afin d’accompagner les chanteurs au piano. Christiane m’a dit qu’il entendait un morceau de musique, qu’il s’assoyait au piano et qu’il le jouait à la perfection. L’oreille absolue disait-on de lui. Il aurait pu faire une grande carrière de pianiste. Sa famille était très pauvre et il a commencé à travailler encore enfant afin d’aider sa famille à survivre. Très intelligent, il a réussi à se mettre des sous de côté et avec l’aide de ses sœurs et d’une bourse qu’il a obtenue, il a réussi à faire ses études en génie à l’Université Laval terminant 2e de sa promotion. Il a donc choisi une carrière qui lui permettrait de bien vivre au lieu de choisir une carrière plus incertaine financièrement, comme pianiste, mais qui lui aurait probablement procuré une plus grande satisfaction. Cela a aidé Christiane à choisir la danse plutôt qu’un travail très payant, mais non valorisant.

De nos jours, il existe des programmes danse-études au primaire et au secondaire. Christiane en a mis sur pied dans son école au primaire et au secondaire. Il existe aussi des programmes au CÉGEP et à l’Université. Selon Christiane, l’université forme plus des intellectuels de la danse que des danseurs cependant. Il existe aussi des écoles hautement spécialisées comme le Ballet National de Toronto ainsi que l’École Supérieure de Ballet Contemporain de Montréal autrefois connue comme l’École des Grands Ballets de Montréal. Les études de nos jours sont plus axées sur la danse contemporaine comme on le voit à Radio-Canada. Il manquait un volet classique dans la danse à Québec et ce sera son mandat. Christiane se dit de l’ancienne école, celle des maîtres. Pour elle, une bonne danseuse de ballet est capable de lever la jambe à la hauteur de l’oreille, ce que ne font pas les danseurs actuels. Elle a donc commencé ses études pour devenir danseuse de ballet classique à l’âge de 4 ans. Pour elle, c’est très important de débuter très jeune. Elle ne peut concevoir qu’une jeune fille décide à 18 ans d’entreprendre des études en danse, ça ne fonctionne pas comme ça. Tu ne décides pas à 18 ans de devenir pianiste ou joueur de hockey. C’est pareil en danse. Elle est donc allée à la bonne école, celle des grands Maîtres, à la dure école, mais la meilleure de tous les temps. Elle m’a rappelé que le ballet, c’est très noble; ça vient des rois. Bien qu’il respectait son choix de carrière, son père aurait été prêt à lui payer des études à Harvard ou dans n’importe quelle université importante. Il ne croyait pas qu’elle pourrait gagner sa vie en danse.

Elle s’est vite fait une solide réputation de danseuse de ballet professionnelle. Elle dansait pour plusieurs personnes à la fois. Elle est souvent allée en Europe et y a même représenté le Québec. Elle a dansé entre autres pour le Ballet Kataline Molnar ainsi que pour France James du Royal London Ballet, Opéra de Lyon. Elle a aussi beaucoup dansé pour l’École Supérieure dans le temps à Québec,  Ballet Pavilion, l’Entrechat, ce qui lui permettait de parfaire sa formation en danse classique. Sur cette photo, c'est Christiane Bélanger en pleine action en début de carrière.


Elle était très sollicitée et se retrouvait souvent au Canada, aux États-Unis et en Europe. Pour elle, la vie était merveilleuse; elle gagnait sa vie, mais très modestement en faisant ce qu’elle aimait le plus au monde. Elle était jeune, belle; elle connaissait beaucoup de succès, elle était invincible. Comme elle le pensait à ce moment : « Sky is the limit ». Elle a même ajouté : « J’étais devenue orgueilleuse, je ne passais plus dans les cadres de porte ». Elle a aujourd’hui l’impression que la vie lui a donné une bonne leçon.

Christiane Bélanger est ici photographiée dans son studio assise dans un fauteuil qui est utilisé dans les grands spectacles. Au-dessus de sa tête, ses armoiries dont elle est bien fière et avec raison.


Cette bonne leçon, c’est son grave accident de voiture. Quelques secondes et la carrière s’envole en fumée. Quelques tonneaux, l’ambulance, l’urgence de l’hôpital, c’est la fin de son rêve. Elle m’a dit ce qui suit : « C’est comme si un rideau noir s’était dressé devant moi. J’étais comme dans un tunnel. » À l’urgence, elle a entendu les médecins qui s’occupaient d’elle dire ceci : « Si on lui donne plus de morphine, on va la tuer. » En plus des douleurs qu’elle devait affronter à tous les instants, le plus dur pour elle était de constater qu’elle ne pourrait plus danser comme avant. À ce moment, elle ne savait même pas si elle marcherait à nouveau un jour. Les dix années qui ont suivi cet accident, elle a connu toutes les émotions, soit la colère, la non-acceptation, le rejet, l’injustice, etc. Accepter l’inacceptable n’est pas chose facile.

Elle a un message pour les jeunes. Il ne faut jamais se prendre pour ce qu’on n’est pas dans la vie. Quand on est champion, on peut se prétendre plus fin que les autres. Tout peut s’arrêter en une seconde. Elle cite en exemple Céline Dion qui ne s’est jamais enflé la tête malgré tout le succès qu’elle connaît. Un jour, elle était dans un aéroport avec René Angelil et ils ont croisé une vieille dame prise de panique parce qu’elle n’avait aucun moyen de transport pour entrer à la maison. Ils ont d’abord discuté avec elle et ils sont allés la reconduire chez elle. Selon Christiane, Céline Dion n’a jamais été déconnectée de la réalité et c’est un modèle à suivre pour la jeunesse.

Elle ne sera jamais complètement rétablie de ce grave accident surtout mentalement. Encore aujourd’hui, ce n’est pas facile pour elle, car il lui faudra aller chez le chiro, chez le physio, l’ostéopathe, au moins une fois par semaine à vie.  Mais il demeure que la vie de Christiane Bélanger ne s’est pas arrêtée. Environ deux ans après l’accident, elle a essayé de détester la danse, sans trop réussir. Ayant aussi étudié les communications à l’université, elle a travaillé à Radio-Canada en dotation et elle faisait de petits reportages télé. Elle a aussi fait des entrevues pour Télé-Mag. Une agence de publicité est allée la chercher et elle est vite devenue coordonnatrice, mais la danse lui manquait énormément.

Des amis à qui elle s’est confiée lui ont suggéré d’ouvrir une école de danse. C’est ce qu’elle a fait. Elle a débuté avec une seule classe. Éventuellement, elle s’est consacrée entièrement à sa nouvelle carrière. Que de salive elle a dépensée pour convaincre son entourage de son projet d’ouvrir une école de danse afin de poursuivre le rêve de sa vie.  Elle m’a dit ceci : « Ma mère m’a appuyé dès le début, mais mon père était sceptique. Je dirais que 80% de mes pseudo-amis (qui ne sont plus là aujourd’hui) ont plutôt essayé de me décourager ». Elle a fondé son école de danse en 1989. D’abord connue comme l’Académie Cadence, l’institution deviendra éventuellement L’École de Danse Christiane Bélanger. Elle compte présentement 425 élèves et 6 professeurs ainsi qu’une trentaine d’autres collaborateurs. L’École de danse Christiane Bélanger dispense des cours dans deux arrondissements différents avec trois studios, soit au Centre Uriel, diffuseur spécialisé de danse de l’arrondissement La Cité qui est situé au 1415, rue Frank-Carrel (sur la photo) et au Centre Brulart de l’arrondissement Sainte-Foy/Sillery dont l’adresse est 1229 avenue Chanoine-Morel. Le siège social est au Centre Uriel qui comprend une salle de spectacle avec permis pouvant accueillir 70 personnes. En semaine, on enseigne la théorie et le dimanche, de 9 heures à 16 heures, les jeunes viennent pour travailler en danse-études en production. Ils arrivent avec leur lunch et il paraît que ça bouge énormément. Des professeurs qui enseignent à d’autres niveaux vont parfaire leur art à l’École de Danse Christiane Bélanger. Jacques Marsa de l’Opéra de Paris viendra les aider en janvier 2010 pour la production Blanche-Neige et les Sept Nains. Il a monté l’Enfant Roi à Versailles avec Maurice Béjart.
Sur cette photo, un groupe de jeunes danseuses et un danseur de l'École de danse Christiane Bélanger dans un moment de grâce. 


Christiane Bélanger enseigne l’excellence et la société civile sait le reconnaître à l’occasion. En 2007, elle a gagné le Prix du développement culturel en même temps que Grégoire Legendre de l’Opéra de Québec recevait un autre prix du Conseil de la Culture. C’était un moment privilégié pour son père de voir sa fille être honorée en même temps. Elle avait aussi été honorée en 2003 en recevant le Prix Femme de mérite pour le volet Art et Culture au Gala-bénéfice Femmes de mérite. Elle n’était pas consciente de la grande importance de ce prix et avait suggéré de se faire représenter pour recevoir ce prix. On lui a fait comprendre qu’elle ferait mieux d’y aller elle-même, ce qu’elle a fait. Elle a été choisie parmi trois personnes dont Claire Simard, directrice du Musée de la Civilisation faisait partie et tout ce monde s’est ensuite dirigé vers le Château Frontenac où elle gagna son prix. Elle aurait regretté toute sa vie de ne pas y être allée. En 2008, elle a reçu le prix spécial du jury du Concours provincial du Réseau des Femmes d’Affaires de Québec.
Fait important à signaler, son école possède maintenant ses propres armoiries. Elle est donc la première en danse au Canada et s’inscrit dans les registres des insignes et drapeaux du Canada. Ce n’est pas qui veut qui obtient des armoiries. Le dossier doit être présenté aux autorités héraldiques à Rideau Hall. Sa Majesté la reine doit approuver. La Gouverneure générale du Canada est Chef de l’Autorité héraldique. Au cours de sa carrière, elle a reçu d’autres prix ou décorations; son site internet en fait mention.

L’École de danse Christiane Bélanger et le Ballet de Québec, c’est elle. Avec les années, elle a produit de grands spectacles et ce n’est pas terminé. L’an passé, j’ai eu le plaisir d’assister à la Salle Albert-Rousseau, à une de ses grandes productions, « Le Château dans les étoiles ». C’était magique. Ce spectacle était rodé au quart de tour comme on dit. Il y avait même des chevaux sur la scène. Ce spectacle a aussi été présenté dans le cadre du 375e anniversaire de la Ville de Trois-Rivières. Il sera présenté à nouveau à la Salle Albert-Rousseau en date du 25 octobre 2009. Un autre spectacle, « Hymne au printemps », sera présenté au même endroit le 11 avril 2010. En 2010, elle ne vise pas moins que de présenter un spectacle au Grand théâtre de Québec. Son projet est de monter un grand spectacle de Blanche Neige et les Sept Nains. Dans son histoire, avant Blanche Neige, il y avait une méchante reine qui vivait une histoire d’amour, mais les deux amoureux étaient imbus d’eux-mêmes et orgueilleux, ce qui est un peu son histoire personnelle avant son accident. Christiane Bélanger n’a pas fini de nous surprendre. Elle a ajouté ceci : « Toutes les grandes capitales du monde ont un ballet et on a besoin de cela à Québec. Le Ballet de Québec sera mon héritage à la Ville de Québec. Je veux que la population de Québec soit fière de son Ballet. C’est un peu comme mon enfant ce Ballet. »
Christiane Bélanger est ici photographiée dans son studio de danse. Sur le mur, quelques-unes des affiches des spectacles qu'elle a présentés.

Selon Christiane Bélanger, si les jeunes avaient tous une passion dans la vie, il y aurait beaucoup moins de décrocheurs. Il y a des parents qui s’inquiètent de voir les notes baisser lorsque leurs jeunes consacrent trop de temps à la danse et c’est le contraire qui se produit. Son message aux parents est le suivant : « Si votre jeune ne performe pas à l’école, coupez-lui sa passion! »

Christiane Bélanger pose fièrement près d'une affiche de son école de danse. Le site internet de l'École de danse Christiane Bélanger :

http://www.christianebelanger-danse.com/


Selon elle, Québec est la plus belle ville au monde et ce qu’il y a autour est extraordinaire, que ce soit le mont Sainte-Anne où elle possède un condo, Charlevoix, l’île d’Orléans. Elle aime encore voyager, mais elle choisit des destinations où elle pourra aller voir de grands spectacles, comme Las Vegas, New York.

Si la vie a donné une bonne leçon à Christiane Bélanger, c’est à son tour à donner une leçon de vie à toutes les personnes qui se découragent pour de bien petites épreuves.
 
Crédit-photos: Lise Breton
Idra Labrie
Christiane Bélanger
Normand Bellefeuille


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