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LA DÉMOCRATIE EST ENTRE BONNES MAINS . . . UNE RENCONTRE AVEC LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DES ÉLECTIONS DU QUÉBEC, Me MARCEL BLANCHET

Si les grands serviteurs de l’État sont souvent inconnus de la population, ce n’est pas le cas du Directeur général des élections du Québec (DGE), Me Marcel  Blanchet. Il faut dire que son statut est bien spécial, car il n’est pas au service du gouvernement, ni d’un parti politique. Il est au service de toute la population étant nommé par les deux-tiers des votes des députés de l'Assemblée nationale à qui il rend compte de son mandat une fois par année au moyen d'un rapport annuel. Il a le statut de personne désignée de l'Assemblée nationale de qui il relève. Seulement trois autres personnes ont un tel statut, soit le vérificateur général, le protecteur du citoyen et le commissaire au lobbyisme.
Avant de parler de ses responsabilités et des trois chapeaux qu’il porte, parlons de l'homme. Me Marcel Blanchet est né à Saint-Pamphile dans le comté de l'Islet.  La famille comprenait 6 garçons et 2 filles. Son père était policier et il a changé d’emploi lors du déménagement de la famille à Québec; il a alors travaillé pour une firme de gestion.

Il est père de 3 enfants, un garçon travaillant dans la fonction publique, une fille qui a un baccalauréat en enseignement du théâtre. Cette dernière doit accoucher tout prochainement, ce qui fera de Me Blanchet un grand-père pour la première fois, ce dont il  semble vraiment être fier.  Son autre garçon rêvait de devenir policier depuis son enfance et il a réalisé son rêve en devenant policier à Québec.
Il aura été l’un des derniers à faire son cours classique avant le changement de système d’enseignement. Il s’était inscrit à l’université en journalisme, en histoire et en droit et il avait été accepté aux trois endroits. Il a finalement choisi le droit et il est devenu avocat en 1974 après ses études à l’Université Laval de Québec. Sa carrière d’avocat a débuté en pratique privée et il a ensuite fait carrière au gouvernement du Québec. Il a été conseiller juridique au ministère de la Justice, procureur patronal au ministère de la Fonction publique, directeur du contentieux au ministère de l’Éducation. Avant d’être nommé DGE en 2000, il a été pendant près de 10 ans sous-ministre adjoint au ministère des Affaires municipales. Il a été nommé directeur général des élections du Québec en 2000 pour un mandat de 7 ans. La Loi prévoit que son mandat se poursuit tant qu’il n’est pas nommé à nouveau ou remplacé. Si on faisait un portrait-robot du candidat idéal pour occuper de prestigieux poste, on dessinerait Me Marcel Blanchet. Il possède toutes les qualités requises, soit la compétence, la passion, il est visionnaire et il est impartial. J’ajouterais que même s’il porte 3 chapeaux, il ne se prend pas pour un autre et il est fort sympathique. Si vous le croisez quelque part, vous pouvez aller lui parler sans problème.

Me Marcel Blanchet est ici photographié en compagnie de sa collaboratrice de tous les instants, sa secrétaire, Madame France Gauthier.

Le DGE porte en effet 3 chapeaux. Comme directeur général des élections du Québec, il a la responsabilité d’organiser au complet les élections au Québec, soit les générales et les partielles. Il a aussi comme responsabilités d’aider et de soutenir les villes et les commissions scolaires lors de la tenue d’élections. Un deuxième chapeau qu’il porte, c’est de surveiller le financement des partis politiques. Autrefois, un organisme en était responsable; maintenant, le tout se fait sous l’autorité du DGE. Son troisième chapeau, c’est président de la Commission de la représentation électorale. Le Bureau du DGE comprend environ 270 personnes dont 8 siègent au comité de direction. L’organisation comprend une Direction des services à la gestion (ressources humaines, matérielles et financières), une Direction de l’informatique (développement des systèmes, technologie), une Direction des opérations électorales (125 directeurs et directrices de scrutin), une Direction du financement des partis politiques (vérification provinciale, municipale et scolaire) , une Direction des communications (information, publicité, matériel électoral) et une Direction des affaires juridiques. Entre le DGE et les 6 Directions, on retrouve le Secrétaire général et Secrétaire de la Commission de la représentation électorale ainsi que l’Adjoint au DGE et au président de la Commission de la représentation électorale.

Me Marcel Blanchet est ici photographié avec Me François Casgrain, adjoint au directeur général des élections et président de la Commission de la représentation électorale.

Vu de l’extérieur, on peut se demander ce qu’ils font entre deux élections générales. J’ai l’assurance qu’ils sont tous bien occupés. Me Blanchet m’a dit ceci : « Présentement par exemple, nous recevons  les rapports de dépenses électorales des partis politiques suite à la dernière élection provinciale. Il y aura une élection complémentaire dans Rivière-du-Loup d’ici quelques mois et nous sommes  en plein processus de préparation pour la tenue des élections municipales de l’automne prochain. Mon équipe doit  donner de la formation aux officiers municipaux en vue de ces élections qui auront lieu le 1er novembre ».
Un des gros dossiers, c’est la révision de la carte électorale. La Loi prévoit une révision après deux élections générales et la dernière révision  a été effectuée en 2001. La Commission de la représentation électorale (CRE), présidée par Me Blanchet, a produit à l’Assemblée nationale une proposition de division en mars 2008 et elle a consulté la population entre avril et juin 2008 tel que requis. Elle a tenu 24 auditions publiques et attend d’être convoquée par la Commission de l’Assemblée nationale tel que le prévoit la Loi électorale. Rappelons que la carte électorale actuelle a servi à 3 élections générales alors qu’elle devait servir à deux. Me Blanchet a ajouté ceci : « L’idéal serait d’avoir 45000 électeurs par circonscription, la Loi prévoyant un écart de plus ou moins 25%. Le problème, c’est que les campagnes se vident au profit des villes. Au Québec, une circonscription de la Gaspésie ne compte que 27 000 électeurs alors que la plus populeuse, soit le comté de Masson, en compte 63 000 ». Ce sont des spécialistes en géographie qui travaillent sur ce dossier avec les outils adéquats. La CRE peut aussi intervenir, dans les conditions prévues par la loi, dans la division du territoire des municipalités dont 250, les plus importantes, sont assujetties à la division de leur territoire pour des fins électorales. En cas de litige, sa décision est finale et sans appel.

Madame France Gauthier, secrétaire du DGE, ici photographiée dans son bureau de l'Édifice René-Lévesque à Sainte-Foy, Québec.

Je lui ai demandé de me nommer le pays qui a le meilleur système électoral sur la planète.  Il m’a répondu sans hésitation : « C’est  le  Québec. C’est moins connu du grand public, mais notre système fait l’envie de bien des pays à travers le monde. Nous sommes  très sollicités pour aller aider des pays en voie de démocratisation comme le sont certains pays de l’Afrique francophone. Plusieurs pays ont bénéficié de notre expérience, dont la République Démocratique du Congo à de nombreuses reprises,  le Togo, la Mauritanie, la Catalogne (une communauté autonome de l’Espagne) et le Salvador tout récemment. Il y a aussi d’autres pays qui viennent ici se renseigner ». Il a ajouté ce qui suit : « C’est assez unique au Québec d’avoir un DGE impartial avec une équipe expérimentée à plein temps alors que dans d’autres pays, c’est souvent le ministère de l’Intérieur qui organise les élections ».
Nous avons abordé de nombreux sujets, dont le faible taux de participation aux élections. A première vue, il n’y a pas un facteur en particulier qui expliquerait ce phénomène que l’on retrouve dans les sociétés modernes occidentales. Lorsqu’il y a un enjeu important, le contraire se produit comme au référendum de 1995, alors que le taux a été de 93.5%. Il y a un fait qui est bien connu cependant, c’est que les jeunes votent en moins grand nombre et ce sont eux qui vont nous remplacer aux postes de commande. Une chaire de recherche a été créée avec l’Université Laval et le DGE lui a donné mandat de fouiller ce dossier afin de trouver les causes de ce désintéressement. Un sondage a été effectué il y a quelques jours, et il est étonnant, avec tous les moyens de communication qui nous envahissent chaque jour, que les députés et les ministres demeurent inconnus pour une partie importante du grand public. C’est un changement qu’il est difficile d’expliquer. Est-ce qu’il y a un lien entre le faible taux de participation aux élections et la méconnaissance de ceux et celles qui nous dirigent? Un jour, il faudra trouver une réponse à cette question.
Ce n’est pas demain la veille que l’on pourra voter via Internet, mais ce n’est pas un dossier qui a été mis de côté. Il se fait des expériences ailleurs et les conclusions sont analysées soigneusement. Selon le DGE : « Ici au Québec, il faut à tout prix s’assurer que chaque électeur exerce son droit de vote lui-même et non pas quelqu’un d’autre à sa place. C’est pour la même raison que le vote par correspondance est très peu utilisé, bien qu’il le soit pour les Québécois qui sont à l’étranger. Là où les électeurs ne peuvent se déplacer, nous envoyons des scrutateurs sur place, comme dans certaines résidences pour personnes âgées par exemple ». Lorsque le vote via Internet sera autorisé, c’est que le DGE aura l’assurance que la sécurité sera à toute épreuve et que la population aura entièrement confiance au système en place. Ce n’est donc pas pour demain . . . peut-être pour après-après-demain!

Me François Casgrain a été DGE par intérim suite au départ de Pierre F. Côté, qui avait été DGE pendant plus de 19 ans. Me Casgrain est revenu dans l'institution à titre d'adjoint de Me Marcel Blanchet au début de l'année 2008.

Je lui ai demandé quels changements il aimerait voir apporter à la Loi. Il a mentionné ceci : « C’est peut-être égoïste de ma part, mais j’aimerais que les élections soient tenues à date fixe et un dimanche ou même un samedi ». Il semble que ce soit beaucoup plus difficile un lundi, car tout le monde travaille et il n’est pas toujours facile de recruter du personnel compétent. De plus, les commissions scolaires ne fournissent pas toutes leurs écoles de bon gré. Il y a des garderies dans les écoles; certaines veulent être dédommagées, etc. Quand une élection générale est décrétée, le bureau du DGE vit un stress incroyable. Imaginez lorsqu’un gouvernement est minoritaire et qu’une élection peut être décrétée à tout moment.
La plus grande fierté de toute sa vie du point de vue professionnel, c’est l’honneur qui est sien d’occuper la fonction de directeur général des élections du Québec. Il ne pouvait espérer mieux comme carrière. Il sent qu’il a la confiance des élus et de la population.
Il a côtoyé plusieurs ministres pendant sa carrière au gouvernement. Deux ont retenu son admiration et ils sont de partis politiques différents, soit Claude Ryan qu’il a connu comme ministre de l’Éducation et ministre des Affaires municipales. Il dit ce qui suit de lui : « Il était réfléchi, respectueux des gens ». L’autre, c’est  Guy Chevrette qui a été ministre des Affaires municipales. Il a ajouté ceci : « Il  était très efficace. Il  avait un bon jugement, il était très déterminé; c’était un gars d’action ».
Me Blanchet aime bien voyager. Vous verrez par son teint qu’il est allé au soleil récemment, mais son pays préféré, c’est la France. Il a parcouru ce pays de nos ancêtres dans tous les sens. Il adore le climat du sud de la France. Ses activités en dehors du travail et des voyages : le conditionnement physique, le ski, le cinéma, les musées, etc.
Crédit photos : Normand Bellefeuille
Normand Bellefeuille
Éditeur
MENSUEL.ca
 
 
 
 
 
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