VINGT-QUATRE HEURES CHRONO DANS LA VIE D’UNE AVOCATE DE QUÉBEC . . . Me MARIE HOUDE
Elle a appris le Montagnais grâce à ses clients, car elle pratique en droit autochtone, elle travaille pour un bureau d’avocats de Québec et donne un cours de droit à l’Université Laval. Tout ça à temps plein. Évidemment, elle ne dort que quelques heures par nuit, se levant souvent à 2 heures du matin pour commencer sa journée : préparer son cours à l’université, travailler sa thèse et traiter ses dossiers. Ces quelques mots résument bien la vie mouvementée d’une avocate de Québec, Me Marie Houde.
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C'est Me Marie Houde, une avocate de Québec. Sur cette photo, elle semble attentive à ce que lui dit son client. La décoration de son bureau ne laisse aucun doute sur sa principale clientèle. |
Bien malgré lui c’est son père, un homme d’affaires plutôt strict, qui a fait germer dans la tête de Marie l’idée d’étudier le droit et de devenir avocate. La famille vivait sur l’Avenue Laurier, face au parc Jeanne D’Arc, dans la Ville de Québec. À 21.30 heures précises, tous les soirs de la semaine, un coup de canon faisait vibrer le secteur. C’est le moment précis qu’avait choisi son père pour obliger sa fille à se coucher; en fait, elle devait déjà être au lit à ce moment précis. Alors qu’elle avait 16 ans, son père a entendu du bruit dans sa chambre à 21.35 heures et il est allé voir ce qui se passait. Juste à voir son regard sombre, Marie a pris les devants et lui a dit : « À 21.30 heures, tel que prescrit, j’étais effectivement couchée dans mon lit. Toutefois, je me suis relevée, à bon droit, à 21.31 heures puisque rien ne m’interdit de ce faire ». Son père a alors tourné les talons en maugréant : « Tu ferais un bon avocat ». C’est alors que Marie a commencé à s’intéresser au droit et on connaît la suite.
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On dirait ici que Marie est en train de penser au fameux canon des Plaines. Il faudrait lui demander ce qu'elle aurait fait dans la vie n'eut été de ce canon qui avait la précision d'une horloge. Sur la photo, en médaillon, un canon près de l'une des tours Martello sur les Plaines d'Abraham. |
Le droit, ce n’était pas son rêve premier. Elle aurait plutôt préféré devenir médecin légiste parce que selon elle, il s’agit de l’une des plus belles sciences, la plus complète en fait. Malheureusement, les mathématiques n’étant pas sa plus grande force, son rêve s’est évanoui et elle s’est dit que son père avait probablement raison; elle devrait devenir avocate. Elle y pensait souvent depuis ce moment; plus elle se renseignait sur cette profession, plus elle y prenait goût.
Marie a toujours été active et très dévouée. Pendant ses études secondaires, collégiales et universitaires, elle a travaillé à temps partiel comme conseillère en mode (vendeuse) tout en faisant partie des cadets de l’air et des forces armées par la suite. Pendant ses études universitaires, en ayant marre de manger des sous-marins emballés dans du plastique, elle faisait des « baguettes niçoises », à son compte, pour le grand plaisir du café-étudiants de la Faculté de droit de l’Université Laval. Ce petit commerce est rapidement devenu une petite entreprise; les étudiants en administration et en médecine faisaient également la file le matin pour attraper une « baguette niçoise » !!! Marie se levait à 4.30 heures tous les matins de la semaine pour faire les sous-marins, les emballer dans du papier et les livrer à temps à l’Université. Ce fût, paraît-il, un franc succès !
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Elle garde un bon souvenir de ses études universitaires à Québec. Comme elle le dit si bien : « Le droit, c’est de la logique, pas du par cœur ». Elle ajoute : « De la logique, du bon sens, de la stratégie, un bon livre de base avec une bonne table des matières et un index, c’est le secret de la réussite ».
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Comme l’indique le site officiel du Barreau du Québec, pour devenir avocat, il faut faire trois années d’études dans une Faculté de droit, compléter 4 ou 8 mois à l’École du Barreau et faire un stage de 6 mois en milieu de travail. Le stage terminé, l’avocat est assermenté. L’avocat peut désormais pratiquer sa profession. Toujours selon le site du Barreau, loin d’être terminée, la formation de l’avocat doit être continue tout au long de sa carrière.
Après être devenue avocate au Québec, Marie s’est exilée au pays de nos ancêtres, plus précisément à l’Université de Toulouse où elle a obtenu un Diplôme d’Études approfondies (« D.E.A. »), ce qui est considéré comme une simple maîtrise au Québec. En France c’est bien différent, puisque ce pays considère les études à l’École du Barreau comme une maîtrise et le DEA devient la première étape d’études doctorales. Ainsi, plutôt que rendre un petit travail de quelque 80 pages comme l’exige la maîtrise au Québec, le D.E.A. doit comporter au moins 200 pages. Marie a produit un document de plus de 350 pages qui lui a valu la première note de l’Université de Toulouse.
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De retour au Québec, elle a travaillé comme chargée de cours dans un CÉGEP tout en étant recherchiste pour la publication d’ouvrages de référence en droit. Elle travaille dans des bureaux privés d’avocats depuis 1995 après avoir réalisé un mandat de plus d’une année au ministère de l’Éducation du Québec. Ce ministère occupe une bonne partie de l'Édifice Marie-Guyart que nous voyons sur la photo de gauche.
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Sa pratique actuelle au sein de la firme Gagné Letarte de Québec est vraiment spécialisée, puisqu’elle fait du droit Autochtone. Elle aime à préciser que de nombreux avocats affirment faire du droit Autochtone alors qu’en réalité ils font du droit civil avec des Autochtones. Or, le droit Autochtone traite de tout ce qui est relatif au lien que les Autochtones entretiennent avec la terre comme, par exemple, les négociations territoriales, les litiges relatifs aux droits de chasse et de pêche, les relations gouvernementales (Québec, Canada, Autochtones) ainsi que les querelles entre Autochtones, sur le territoire de la réserve. Un autre volet à trait au droit civil comme le droit du travail, le droit commercial, ainsi que le droit corporatif impliquant un Conseil de Bande.
Tel que mentionné au début, Marie est chargée de cours à la Faculté de droit de l’Université Laval à Québec. Elle enseigne le droit de la preuve aux étudiants de premier cycle. Selon elle, il est extrêmement exigeant pour un praticien de rationaliser un droit aussi pratique que la preuve; elle passe donc beaucoup de temps à la préparation de chaque cours pour expliquer tant la théorie que la pratique en droit de la preuve. Cet effort lui procure une grande satisfaction puisque ses étudiants bénéficient autant d’un volet théorique que pratique.
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| Juste à la voir, on sait ce qu'elle pense. À gauche, c'est comme si elle disait: "ça me plaît ce que vous me dites". À droite, c'est comme si elle venait de remporter une argumentation et qu'elle savourait sa victoire. |
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À travers tout ça, Marie fait une thèse dont le sujet porte sur le droit de la preuve appliqué au contentieux autochtone. Ce projet la hantait d’ailleurs depuis 1991 et elle le réalise enfin, non sans sacrifier sa vie privée et ses loisirs. Ce sujet est de taille et il la chicotte depuis de nombreuses années. Elle ajoute ceci : « Une personne peut clamer haut et fort qu’elle a le droit de faire ceci ou cela, qu’elle possède telle chose, qu’elle fait telle autre chose, elle peut dire n’importe quoi. Or, ce qui n’est pas prouvé n’existe pas ». C’est là, selon elle, toute l’importance du droit de la preuve : « La preuve, est la pierre angulaire du droit ».
Devant l’ampleur des nombreuses tâches qu’elle doit accomplir dans une journée, je lui ai demandé de me décrire une de ses journées typiques. N’étant pas une dormeuse, et ce, depuis son enfance, elle a besoin de seulement trois heures de sommeil par jour (j’espère que son médecin ne va pas lire ce reportage). En conséquence, elle peut se lever en pleine nuit pour débuter sa journée par la lecture des derniers jugements qui viennent de sortir en droit de la preuve. Ensuite, soit qu’elle finalise la préparation de son prochain cours à l’Université ou qu’elle commence la préparation du suivant. Tout au long de la journée, au Cabinet d’avocats où elle travaille, elle répond aux appels de ses clients et traite les dossiers en cours. Fait important à souligner, c’est qu’auparavant, elle devait se déplacer deux semaines par mois dans les communautés autochtones. Avec les nouvelles technologies et en donnant des formations, elle réussit à demeurer davantage à Québec. Afin de se sortir de ses dossiers, elle continue ses recherches sur son sujet de thèse et elle rédige. Sa journée se termine vers 22H00. Le jeudi soir, elle donne son cours à l’université jusqu’à 21H30. De retour à la maison, elle « s’autorise » un petit verre de vin, bien mérité, avec son amoureux.
Sa plus grande fierté, c’est l’obtention d’une charge de cours à l’université, mais aussi d’avoir appris le Montagnais avec des aînés autochtones. Bien qu’elle ait un vocabulaire d’un enfant de 4 ans, elle sait se débrouiller pour se faire comprendre de ses clients.
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Je lui ai demandé si elle plaidait souvent à la Cour. Il faut croire que non puisqu’elle ajoute qu’il est plus avantageux de régler la plupart des litiges que de se présenter devant les Tribunaux. "Qui a dit que la pire des ententes est encore mieux que le meilleur des procès?"
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Selon elle, les plus grandes qualités d’un bon avocat sont les suivantes: être concis, connaître son français ainsi que sa grammaire. Selon son expérience personnelle, il est important qu’un nouvel avocat travaille au moins 5 ans pour une firme afin de bien apprendre tous les rouages de la pratique avant de penser ouvrir son propre cabinet. À un jeune qui veut aller étudier le droit, elle lui suggère de changer de branche s’il n’a pas un brin d’humanisme et surtout la Vocation.
Un changement important à apporter à l’administration de la Justice selon elle concerne le processus de nomination des Juges par le gouvernement fédéral. Afin de minimiser les nominations purement politiques (et on ose parler de séparation des pouvoirs!!), le processus devrait débuter par un examen théorique écrit, suivi d’une réelle entrevue comme cela se fait dans d’autres pays. Par ailleurs, afin que le processus judiciaire soit plus efficient et moins coûteux, Marie proposerait l’instauration de Cours spécialisées.
Comme vous pouvez le constater, la profession d’avocat est à la fois très exigeante, mais combien emballante. Nous souhaitons à Marie du succès dans la réalisation de sa thèse afin qu’elle retrouve une vie plus « normale » à brève échéance et qu’elle puisse s’adonner à ce qui l’a toujours passionnée : partager ses connaissances et ses trucs aux autres.
Normand Bellefeuille
Éditeur
MENSUEL.ca
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